Neuf dimensions
de la construction humaine


Ces dimensions ne constituent ni des compartiments indépendants, ni une classification des personnes. Elles correspondent à différentes composantes du fonctionnement humain qui peuvent s'influencer mutuellement.
Elles peuvent également varier selon les situations et évoluer au cours de l'existence.
Leur intérêt apparaît donc surtout lorsqu'elles sont considérées dans leurs interactions, plutôt que séparément. Cette lecture rejoint la trame d'interactions psycho-sociales constitutive de la construction humaine, telle qu'elle est envisagée dans le Cadre de cohérence.
La combinaison particulière de ces dimensions permet de faire apparaître différentes configurations psychologiques. Leur observation permet alors de passer des dimensions aux profils, puis des profils à un continuum de possibilités et au relief psychosocial dans lequel les personnes se construisent.
La sensibilité affective
La manière dont une personne ressent et traite les émotions, les relations et les événements qui prennent pour elle une importance affective.Le rapport à autrui
La manière dont une personne considère les autres, construit ses relations et se situe entre proximité, coopération, dépendance, affirmation de soi ou distance.L'ouverture au réel
La capacité à prendre en compte les faits, les contraintes et les informations provenant du monde extérieur, y compris lorsqu'ils contredisent les représentations ou les attentes personnelles.
La conscience réflexive
La capacité à observer ses propres pensées, réactions, motivations et fonctionnements, et à prendre une certaine distance à leur égard.L'autorégulation
La capacité à réguler ses réactions émotionnelles, ses impulsions et ses comportements en fonction des situations et des objectifs poursuivis.L'autonomie intérieure
La capacité à développer ses propres repères, à prendre des décisions et à agir sans dépendre entièrement de la validation ou de l'influence extérieure.
L'orientation existentielle
La manière dont une personne organise ses choix, ses objectifs et sa conception de ce qui donne une direction ou une signification à son existence.L'énergie d'action
La capacité à mobiliser son attention, ses ressources et ses efforts pour agir, entreprendre, poursuivre un objectif ou transformer une situation.Le poids de l'inconscient
La part des processus psychologiques qui échappent à la conscience immédiate et peuvent néanmoins participer à l'orientation des perceptions, des réactions et des comportements.
La construction humaine peut être appréhendée à travers neuf dimensions complémentaires :
Synthèse
Développement
La construction humaine ne peut être comprise à partir d'une seule dimension. Les comportements, les représentations, les émotions et les trajectoires individuelles résultent de l'interaction de multiples composantes qui se développent et évoluent au cours de l'existence. Les neuf dimensions présentées ici constituent des repères permettant d'appréhender cette diversité. Elles ne sont pas conçues comme des compartiments indépendants, mais comme des dimensions susceptibles de s'influencer mutuellement.
Elles permettent ainsi d'observer différentes facettes du fonctionnement d'une personne tout en les replaçant dans une compréhension plus globale de sa construction.
Les neuf dimensions retenues sont :
La conscience réflexive
L'autorégulation
L'autonomie intérieure
L'orientation existentielle
L'énergie d'action
Le poids de l'inconscient
La sensibilité affective
Le rapport à autrui
L'ouverture au réel
Chacune apporte un angle d'observation particulier. Aucune ne suffit cependant, à elle seule, à rendre compte du fonctionnement d'une personne.
Une personne peut par exemple présenter une forte capacité réflexive tout en rencontrant des difficultés d'autorégulation. Elle peut disposer d'une grande autonomie intérieure tout en demeurant fortement sensible au regard d'autrui. Elle peut encore être très orientée vers l'action tout en accordant une place importante à l'introspection.
Ces dimensions ne doivent donc pas être considérées comme des qualités à maximiser systématiquement. Elles décrivent plutôt des orientations et des degrés de fonctionnement susceptibles de varier selon les personnes, les périodes de la vie et les situations.
Neuf dimensions en interaction
Le poids de l'inconscient
Le poids de l'inconscient désigne la part du fonctionnement psychologique qui échappe à la conscience immédiate et qui peut néanmoins influencer les perceptions, les émotions, les décisions ou les comportements.
Cette dimension rappelle qu'une personne ne dispose pas d'un accès transparent à l'ensemble des processus qui participent à son fonctionnement.
Certaines habitudes, associations, réactions émotionnelles ou tendances peuvent ainsi apparaître avant même qu'une réflexion consciente puisse intervenir.
Il ne s'agit pas d'opposer simplement conscience et inconscient, mais de considérer leur interaction dans la construction du comportement.
La sensibilité affective
La sensibilité affective concerne la manière dont une personne perçoit, ressent et traite les dimensions émotionnelles de son expérience. Elle influence notamment la manière dont les événements, les relations et les situations sont vécus.
Une sensibilité importante n'est pas en elle-même un signe de fragilité, pas plus qu'une faible expression émotionnelle ne constitue nécessairement une force.
Ce qui importe est la manière dont cette sensibilité s'articule avec les autres dimensions du fonctionnement psychologique, notamment l'autorégulation, le rapport à autrui et l'orientation existentielle.
Le rapport à autrui
Le rapport à autrui concerne la manière dont une personne entre en relation, construit ses liens, interprète les comportements des autres et se positionne dans les interactions sociales. Il comprend notamment les capacités relationnelles, la confiance, la coopération, la réciprocité, la capacité à poser des limites et la manière de gérer les tensions.
Cette dimension est particulièrement importante dans une approche de la construction humaine, car une grande partie des apprentissages et des expériences qui façonnent une personne se produisent dans la relation.
L'individu construit ainsi une partie de son fonctionnement avec les autres et dans les interactions avec eux.
L'ouverture au réel
L'ouverture au réel concerne la capacité à prendre en compte les informations provenant de l'environnement, y compris lorsqu'elles viennent remettre en question des représentations déjà établies. Elle suppose une certaine disponibilité à la révision des croyances et à la confrontation entre ce que l'on pense et ce qui est effectivement observé.
Cette dimension ne signifie pas qu'une personne puisse accéder au réel de manière parfaitement objective.
Toute perception est médiée par des processus cognitifs, affectifs et culturels. L'enjeu consiste plutôt à conserver une capacité suffisante à confronter ses représentations à ce qui les environne.
Cette ouverture constitue ainsi un élément important d'une posture rationnelle.
La conscience réflexive
La conscience réflexive concerne la capacité à prendre son propre fonctionnement comme objet d'observation. Elle permet notamment d'identifier certaines pensées, émotions, habitudes ou réactions et de les considérer avec une certaine distance.
Cette capacité participe à la possibilité de comprendre son propre fonctionnement, mais elle ne signifie pas que tout ce qui détermine une personne soit immédiatement accessible à la conscience.
La réflexion peut ainsi constituer un moyen d'élargir la compréhension de soi sans supprimer les mécanismes qui échappent encore à l'observation consciente.
L'autorégulation
L'autorégulation concerne la capacité à moduler ses réactions, ses impulsions, son attention ou certains comportements en fonction d'un objectif ou d'une situation. Elle intervient notamment dans la gestion des émotions, la capacité à différer une réponse immédiate ou l'adaptation du comportement aux circonstances.
Elle ne correspond pas à la suppression des émotions ou des impulsions. Elle désigne plutôt la capacité à les intégrer dans une réponse adaptée au contexte.
Cette dimension entretient des liens étroits avec la conscience réflexive, les apprentissages, les habitudes et les valeurs.
L'autonomie intérieure
L'autonomie intérieure concerne la capacité à construire ses positions, ses choix et ses orientations sans être entièrement déterminé par les attentes ou les pressions extérieures.
Elle ne signifie pas l'indépendance absolue.
Toute personne est influencée par son histoire, ses relations et son environnement. L'autonomie consiste davantage à pouvoir reconnaître ces influences et à conserver une capacité de positionnement personnel à leur égard.
Elle se distingue ainsi de l'isolement : une personne peut être profondément reliée aux autres tout en conservant une certaine autonomie dans ses choix.
L'orientation existentielle
L'orientation existentielle concerne la manière dont une personne donne une direction à son existence. Elle peut s'exprimer à travers des projets, des valeurs, des engagements, des priorités ou une recherche de sens.
Cette orientation n'est pas nécessairement stable. Elle peut évoluer en fonction des expériences, des événements et des différentes périodes de la vie.
Elle permet néanmoins de comprendre pourquoi deux personnes confrontées à une même situation peuvent lui attribuer des significations différentes et prendre des directions différentes.
L'énergie d'action
L'énergie d'action concerne la capacité à mobiliser ses ressources pour entreprendre, persévérer, expérimenter ou transformer une situation. Elle peut se manifester par l'initiative, l'engagement, la motivation ou la persévérance.
Cette dimension ne doit cependant pas être assimilée à une activité permanente. L'action peut également consister à savoir interrompre, différer ou réorienter son effort.
L'énergie d'action dépend notamment des objectifs poursuivis, des ressources disponibles, du contexte et de l'état dans lequel se trouve la personne.
Des dimensions qui ne peuvent être isolées
L'intérêt de ces neuf dimensions ne réside pas seulement dans leur description individuelle. Il apparaît surtout lorsqu'elles sont considérées dans leurs interactions.
La conscience réflexive peut favoriser l'autorégulation. L'autorégulation peut soutenir l'autonomie intérieure. Les valeurs et l'orientation existentielle peuvent orienter l'action. Le rapport à autrui peut modifier les représentations de soi. L'expérience relationnelle peut influencer la sensibilité affective. L'ouverture au réel peut conduire à réviser certaines croyances.
Aucune de ces relations n'est mécanique. Elles constituent plutôt un ensemble de possibilités d'interaction permettant d'appréhender la personne comme une organisation multidimensionnelle.
C'est précisément cette approche relationnelle qui rejoint la trame d'interactions psycho-sociales sous-jacente au Cadre de cohérence.
Des dimensions variables selon les situations
Ces dimensions ne doivent pas non plus être considérées comme des caractéristiques fixes. Une même personne peut manifester des niveaux différents selon les contextes.
Une personne peut par exemple faire preuve d'une grande autonomie dans son activité professionnelle tout en étant davantage dépendante du regard d'autrui dans certaines relations. Une personne habituellement capable d'autorégulation peut également rencontrer des situations dans lesquelles ses capacités sont temporairement réduites.
Les dimensions doivent donc être comprises comme des orientations susceptibles de varier dans le temps et selon les circonstances.
Cette approche permet d'éviter de réduire une personne à une caractéristique particulière.
Les neuf dimensions ne constituent donc pas une classification des personnes. Elles offrent plutôt un ensemble de repères permettant de décrire différentes composantes du fonctionnement humain.
Leur combinaison peut faire apparaître des configurations particulières. Certaines configurations peuvent présenter des ressemblances avec d'autres, tandis que d'autres peuvent être plus éloignées.
C'est à partir de cette combinaison que peuvent ensuite être envisagés les profils psychologiques archétypiques, non comme des catégories auxquelles les personnes appartiendraient définitivement, mais comme des représentations idéal-typiques de certaines configurations.
La page suivante approfondit cette question en passant des dimensions aux profils, puis des profils au continuum et au relief psychosocial.
Des dimensions plutôt que des catégories
1. Conscience réflexive
Capacité à porter un regard conscient sur son propre fonctionnement psychique. Elle permet d'observer ses pensées, ses émotions, ses comportements et leurs interactions avec une certaine prise de recul.
Question centrale : Suis-je capable d'observer mon propre fonctionnement ?
2. Autorégulation
Capacité à moduler ses réactions émotionnelles, comportementales et cognitives afin de conserver un fonctionnement adapté malgré les difficultés ou les tensions.
Question centrale : Suis-je capable de garder la maîtrise de mes réactions ?
3. Intégration affective
Capacité à reconnaître, accueillir, comprendre et intégrer ses émotions afin qu'elles deviennent une source d'information et d'équilibre plutôt qu'un facteur de déni ou de débordement.
Question centrale : Quelle place les émotions occupent-elles dans ma vie intérieure ?
Vie intérieure
7. Rapport à autrui
Capacité à établir des relations fondées sur la reconnaissance de l'autre, la coopération, l'empathie et le respect de son autonomie.
Question centrale : Quelle qualité de relation suis-je capable de construire avec les autres ?
8. Énergie d'action
Capacité à transformer ses intentions en actions concrètes, à entreprendre, persévérer et mobiliser ses ressources pour réaliser un projet ou faire face aux difficultés.
Question centrale : Comment est-ce que je mobilise mon énergie dans l'action ?
9. Autonomie intérieure
Capacité à conserver son discernement, sa liberté de jugement et sa fidélité à ses valeurs malgré les influences extérieures, les pressions sociales ou les attentes du groupe.
Question centrale : Suis-je capable de rester moi-même tout en vivant avec les autres ?
4. Orientation existentielle
Capacité à donner une direction à sa vie en s'appuyant sur des valeurs, des convictions et une recherche personnelle de sens.
Question centrale : Qu'est-ce qui oriente profondément ma manière de vivre ?
5. Intégration des processus inconscients
Capacité à reconnaître progressivement l'influence des automatismes psychiques, des mécanismes de défense, des schémas relationnels ou des conditionnements implicites afin qu'ils deviennent davantage intégrés à la conscience.
Question centrale : Dans quelle mesure suis-je conscient des processus qui influencent mon comportement sans que je m'en aperçoive toujours ?
6. Adhésion à la réalité
Capacité à reconnaître les faits tels qu'ils sont et à accepter qu'ils puissent remettre en question ses croyances, ses attentes ou l'image que l'on a de soi-même.
Question centrale : Suis-je capable de laisser la réalité modifier ma manière de penser ?
Maturation psychique
Relation au monde
Les capacités permettant de se connaître et de se réguler
Les capacités permettant de construire une vision cohérente de soi
Les capacités permettant d'agir et de vivre avec les autres


