Conditionnement psychosocial et influence relationnelle


Synthèse
Le fond du conditionnement psychosocial désigne la trame générale, profonde et étendue dans laquelle l’humanité a son lit. Cette trame participe à la construction de l’humain par les conditions humaines, historiques, sociales, culturelles, matérielles et relationnelles qui la constituent.
Le conditionnement psychosocial désigne l’expression particulière de cette trame dans les conditions de vie concrètes rencontrées par une personne donnée. Il correspond à la configuration des influences, apprentissages, relations, normes, valeurs, contraintes et ressources auxquelles cette personne est exposée au cours de son développement et de son existence.
Famille, éducation, relations, groupes, culture, normes et valeurs transmettent des connaissances, mais aussi des manières de penser, de ressentir et d’agir.
Une personne ne se construit jamais indépendamment du monde dans lequel elle évolue. Dès les premières étapes de la vie, elle est exposée à un ensemble de relations, de règles, de valeurs, de modèles éducatifs, de normes sociales et de conditions matérielles qu’elle n’a pas choisis. Ces influences participent progressivement à la construction de ses représentations, de ses comportements et de ses manières de se situer dans le monde.
Ces influences sont multiples. Elles peuvent se renforcer, se compenser ou entrer en contradiction. Elles peuvent aussi constituer des terreaux favorables au développement de certaines dispositions psychologiques, qu’elles soient adaptatives ou, dans certaines configurations, problématiques ou déviantes.
Leur effet n’est toutefois jamais entièrement déterminé à l’avance. Il dépend de la personne, de son histoire, de ses dispositions, de ses ressources et de la manière dont elle interprète ce qu’elle vit. La répétition peut contribuer à stabiliser certains apprentissages et certaines dispositions, tandis que les comportements peuvent à leur tour contribuer à reproduire ou à transformer l’environnement.
La manière particulière dont ces conditions et influences se combinent et sont vécues par une personne constitue son relief psychosocial. Dans ce relief, certaines influences peuvent prendre une direction privilégiée. Lorsqu’elles convergent durablement, elles peuvent rendre certaines orientations plus probables ou plus accessibles que d’autres, sans pour autant enfermer la personne dans une trajectoire déterminée.
Le conditionnement psychosocial n’est donc ni un déterminisme absolu, ni une influence négligeable. Il constitue l’expression particulière, dans une trajectoire individuelle, du fond du conditionnement psychosocial. Chaque personne en fait l’expérience selon une configuration qui lui est propre.
Cette perspective permet ainsi de comprendre les profils psychologiques non comme des catégories fixes, mais comme des configurations particulières pouvant prendre place dans un continuum multidimensionnel.
La question qui en découle est alors celle de la plasticité et de la capacité de transformation : certaines dispositions acquises peuvent-elles évoluer, et dans quelles limites la personne peut-elle agir sur ce qui l’a construite ?


Éclairage — Kurt Lewin et la théorie du champ
Au milieu du XXe siècle, le psychologue Kurt Lewin a contribué à transformer la manière de penser les relations entre l’individu et son environnement. Sa théorie du champ considère le comportement comme une fonction de la personne et de son environnement : B = f(P,E). Pour Lewin, ces deux dimensions ne peuvent être véritablement comprises indépendamment l’une de l’autre ; elles forment une configuration dynamique au sein de ce qu’il appelle l’espace de vie (life space).
Cette approche introduit également l’idée d’un champ de forces : à un moment donné, différentes forces psychologiques et environnementales peuvent favoriser, entraver, renforcer ou infléchir certaines conduites. Lewin cherchait ainsi à comprendre le comportement à partir de la situation globale et de l’interdépendance de ses composantes, plutôt qu’à partir de facteurs isolés.
Cette conception entre en résonance avec la lecture proposée ici. Le fond du conditionnement psychosocial peut être compris comme la trame générale des conditions et influences dans laquelle les personnes se construisent. Le relief psychosocial correspond à la configuration singulière que prend cette trame pour une personne donnée. Les vecteurs d’influence permettent alors de représenter les orientations que prennent ces forces dans cette configuration, tandis que les pentes locales représentent les orientations qui deviennent progressivement plus probables ou plus accessibles lorsque certaines influences convergent.
Cette référence montre que penser l’individu dans son environnement, comme partie d'une configuration dynamique de forces interdépendantes, possède une histoire importante en psychologie.
Résumé des concepts clés
(Le niveau comparatif)
Le continuum désigne un espace de variation entre différentes configurations de profils psychologiques, dont la proximité ou l’éloignement peuvent être envisagés au regard de la configuration, de l’accumulation et de la convergence des couches du conditionnement psychosocial traversées au cours de la construction humaine.
Deux profils peuvent ainsi apparaître distincts lorsque leurs configurations de conditionnement divergent, et proches lorsque celles-ci présentent des éléments de continuité ou de similitude. La proximité progressive entre ces configurations constitue la logique même du continuum.
(Le niveau général)
Le fond du conditionnement psychosocial désigne la trame générale, profonde et étendue dans laquelle l’humanité a son lit. Cette trame participe à la construction de l’humain par les conditions humaines, historiques, sociales, culturelles, matérielles et relationnelles qui la constituent.
Il constitue la trame générale dans laquelle l’existence humaine prend forme, avant même que celle-ci ne se traduise dans les trajectoires individuelles. Il peut ainsi être envisagé, dans une perspective ontologique, comme l’arrière-plan des conditions dans lesquelles l’humain est situé.
3. Le relief psychosocial
1. Le fond du conditionnement psychosocial
(Le niveau dynamique)
Les orientations particulières que prennent les influences dans ce relief.
4. Les vecteurs d'influence
(Le niveau particulier)
Le relief psychosocial désigne la modalité vécue singulière que prend la conjonction de ces conditions et influences pour une personne donnée. (la manière particulière dont ces éléments se combinent et s'exercent et sont perçus pour un sujet donné, compte tenu de son histoire, de ses dispositions, de ses ressources et de sa situation).
5. Les pentes locales
( Le niveau des orientations privilégiées )
Des directions qui deviennent plus probables ou plus accessibles sous l'effet de convergences durables, sans constituer pour autant une trajectoire déterminée.
7. Le continuum
(Le niveau descriptif)
Une configuration particulière de caractéristiques psychologiques.
6. Le profil psychologique
2. Le conditionnement psychosocial
(Le niveau spécifique)
Le conditionnement psychosocial désigne l'expression particulière de ce fond — ou d'une partie de celui-ci — dans les conditions de vie concrètes rencontrées par une personne donnée.
Il correspond à la configuration des influences, apprentissages, relations, normes, valeurs, contraintes et ressources auxquelles cette personne est exposée au cours de son développement et de son existence.
Focus
Des conditions qui se confirment mutuellement
Une configuration psychologique ne se construit pas nécessairement dans un environnement qui lui serait constamment opposé. Certaines dispositions peuvent au contraire rencontrer, au cours du développement, des situations qui les confirment, les renforcent ou les rendent fonctionnelles.
Une personne ayant appris à considérer la compétition comme une condition normale des relations pourra, par exemple, rencontrer dans son environnement des situations où cette disposition lui permet effectivement d'obtenir reconnaissance, position ou avantage. La réponse adoptée se trouve alors confirmée par ses conséquences, ce qui peut contribuer à sa stabilisation.
La relation entre la personne et son environnement devient ainsi progressivement réciproque. Les conditions influencent les dispositions, mais les dispositions orientent également la manière dont la personne interprète les situations, y répond et participe à son environnement.
Cette dynamique contribue à expliquer pourquoi certaines configurations peuvent se maintenir durablement, même lorsque les conditions qui les ont initialement favorisées ont évolué.
Des couches de conditions à la convergence des profils
Le conditionnement psychosocial peut être envisagé comme une accumulation de couches de conditions. Au cours de son existence, une personne est exposée à de multiples influences : conditions matérielles, environnement familial, éducation, relations, normes sociales, valeurs transmises, expériences de reconnaissance ou de rejet, contraintes, opportunités et apprentissages.
Ces conditions ne s'ajoutent pas simplement les unes aux autres. Elles peuvent se renforcer, se compenser ou se contredire. Lorsqu'elles convergent durablement dans une même direction, elles peuvent contribuer à rendre certaines orientations psychologiques plus familières, plus accessibles ou plus fonctionnelles que d'autres.
Cette accumulation permet également de comprendre la logique du continuum des profils. Les profils archétypiques ne constituent pas des catégories étanches ni une succession déterministe. Ils représentent des configurations dans lesquelles certaines dimensions de la construction humaine peuvent progressivement présenter davantage de convergences d'orientation.
Ainsi, certains profils peuvent être envisagés comme résultant d'un nombre limité de couches convergentes, tandis que d'autres peuvent correspondre à une accumulation plus importante de conditions et d'influences orientées dans un même sens. Le continuum traduit alors moins une gradation de la personne qu'une progressive concentration de certaines orientations au sein de sa configuration psychologique.
Dans cette perspective, les archétypes étudiés par MindWorld peuvent être situés selon une progression allant de :
l'archétype à dominante matérialiste philosophique → l'archétype à dominante objectiviste → l'archétype à dominante matérialiste ordinaire → l'archétype à dominante matérialiste défensive → l'archétype à dominante opportuniste relationnelle → l'archétype du pervers narcissique.
Cette succession ne signifie pas qu'une personne passerait nécessairement d'un profil au suivant. Elle permet plutôt de représenter que l'émergence de différents profils archétypiques peut être favorisée par une expression particulière du fond du conditionnement psychosocial, dans laquelle ses vecteurs d'influence, dirigés vers une même orientation psychologique, procurent au sujet un relief psychosocial marqué et distinctif.
Plus les vecteurs sont nombreux à converger dans une même direction, sans autre effet compensatoire, plus le relief psychosocial peut devenir marqué. Cette convergence peut alors favoriser une accentuation progressive de la configuration psychologique, jusqu'à des formes de plus en plus rigides et, à son extrême, à un durcissement paroxysmique du profil.
Le continuum des profils ne témoigne donc pas forcément d'une logique effective de glissement des profils de l'un vers l'autre. Il témoigne davantage d'un continuum des expressions du fond du conditionnement psychosocial, se formulant dans un sens toujours plus accentué.
On peut cependant envisager qu'un profil archétypique situé à l'une des extrémités de ce continuum ait été exposé, au cours de son développement, à une succession de situations sociales qui ne se sont pas suffisamment opposées à son organisation psychologique pour favoriser une évolution dans une autre direction. Ces différentes conditions de vie auraient alors pu constituer autant de confirmations successives d'une schématique psychologique déjà présente ou en cours de formation.
Ainsi, un environnement fortement marqué par certaines orientations, comme celles que nous associons ici au matérialisme ordinaire, pourrait ne pas seulement transmettre ses propres valeurs et normes. Il pourrait également, dans certaines configurations, renforcer des dispositions psychologiques qui trouvent dans cet environnement des conditions favorables à leur maintien et à leur développement.
Le fond du conditionnement psychosocial
Développement
Le fond du conditionnement psychosocial désigne la trame générale, profonde et étendue dans laquelle l’humanité a son lit. Cette trame participe à la construction de l’humain par les conditions humaines, historiques, sociales, culturelles, matérielles et relationnelles qui la constituent.
Le conditionnement psychosocial en constitue l’expression particulière dans les conditions de vie concrètes rencontrées par une personne donnée : les relations familiales, les modèles éducatifs, les normes sociales, les valeurs transmises, les formes de reconnaissance, les contraintes économiques et professionnelles, les expériences de sécurité ou d’insécurité, les possibilités d’autonomie, les événements de vie ainsi que les ressources culturelles et relationnelles disponibles.
Ces différentes influences n’agissent pas toutes dans la même direction. Certaines peuvent soutenir le développement de capacités telles que l’autonomie, la coopération, la réflexivité ou l’ouverture au réel. D’autres peuvent constituer des contraintes ou favoriser des réponses plus défensives, plus dépendantes ou plus orientées vers le contrôle.
Le conditionnement psychosocial ne doit donc pas être compris comme un mécanisme simple par lequel une cause produirait directement un comportement ou un profil psychologique déterminé. Il constitue plutôt un ensemble de conditions en interaction, dont les effets dépendent également des caractéristiques de la personne, de son histoire, de ses ressources et de la manière dont elle interprète ce qu’elle vit.
Lorsqu’un individu vient au monde, il entre dans un environnement qui existe avant lui.
Il y trouve une langue, des règles, des institutions, des modèles familiaux, des valeurs, des représentations de la réussite, des rapports sociaux et des conditions matérielles qu’il n’a pas choisis. Une partie importante de ces éléments est progressivement intériorisée au cours du développement.
L’enfant apprend notamment ce qui est valorisé, ce qui est sanctionné, ce qui est attendu de lui et ce qui lui permet d’obtenir de la reconnaissance. Cette socialisation constitue une composante fondamentale de la construction humaine.
Elle ne signifie cependant pas que l’individu devient une simple reproduction de son environnement. Les caractéristiques personnelles, les relations particulières, les expériences vécues et les événements de la vie interviennent également.
La construction humaine résulte ainsi d’une interaction permanente entre la personne et son environnement.
L’individu se construit dans un environnement déjà constitué
Les relations constituent une composante particulière de ce processus.
La famille, les proches, les groupes sociaux, les enseignants, les collègues ou les figures d’autorité peuvent transmettre des attentes, des normes, des manières de communiquer et des modèles de comportement. Les expériences de reconnaissance, de rejet, de sécurité, de domination ou d’appartenance peuvent également participer à la manière dont une personne apprend à se situer face aux autres.
Cette influence n’est toutefois pas unidirectionnelle.
La personne interprète ce qu’elle reçoit, y répond et agit elle-même sur son environnement. Les comportements quotidiens peuvent reproduire certaines normes, tandis que d’autres comportements peuvent les modifier ou les remettre en question.
Une relation peut donc renforcer certaines dispositions, mais elle peut également constituer une ressource permettant d’en développer de nouvelles.
Le rapport entre individu et environnement doit ainsi être pensé comme réciproque : l’environnement influence la personne, mais la personne contribue également à maintenir, modifier ou transformer son environnement.
Le conditionnement psychosocial apparaît ainsi comme une dynamique circulaire, dans laquelle l’environnement façonne les personnes tandis que les personnes participent elles-mêmes, par leurs comportements et leurs relations, au maintien ou à la transformation de leur environnement.
L’influence relationnelle
Les relations humaines constituent elles aussi des environnements dans lesquels certaines manières de penser et d'agir peuvent progressivement se renforcer.
Une personne apprend en observant les autres, en interagissant avec eux et en expérimentant les conséquences de ses comportements. Elle peut ainsi intégrer certaines manières de communiquer, de gérer les conflits, de rechercher la reconnaissance ou de se protéger.
La répétition joue ici un rôle important.
Une manière de réagir régulièrement sollicitée peut devenir familière. Une représentation régulièrement confirmée par l'environnement peut gagner en stabilité. Un comportement fréquemment renforcé peut devenir plus facilement mobilisable.
Ce mécanisme général ne signifie pas qu'une personne reproduira nécessairement ce qu'elle observe.
L'influence dépend de la nature de la relation, de sa durée, de sa répétition, de sa signification et des autres influences auxquelles la personne est simultanément exposée.
Les relations comme environnement d'apprentissage
La transmission trangénérationnel y compris traumatique
Le conditionnement psychosocial peut également dépasser l'échelle d'une seule existence.
Les parents transmettent à leurs enfants des comportements, des représentations, des valeurs et des manières d'interpréter les relations humaines.
Certaines pratiques éducatives peuvent ainsi se reproduire d'une génération à l'autre, parfois sans être explicitement questionnées.
Une manière de concevoir l'autorité, l'affection, la réussite, la responsabilité ou le rapport aux autres peut devenir une évidence familiale et être transmise comme telle.
Cette transmission ne signifie cependant pas qu'une caractéristique psychologique est automatiquement héritée d'une génération à l'autre.
Il faut distinguer transmission sociale et culturelle, transmission comportementale et éventuelles influences biologiques ou épigénétiques, qui relèvent de mécanismes différents.
Le concept de conditionnement psychosocial concerne ici principalement les processus par lesquels des influences humaines et sociales sont transmises et intégrées au cours du développement.
L’éducation joue un rôle particulier parce qu’elle intervient directement dans la construction des manières de penser et d’agir.
Elle transmet des connaissances, mais également des normes, des valeurs, des attentes et des modèles de comportement. Elle contribue ainsi à déterminer ce qui apparaît comme souhaitable, normal ou important.
Cette transmission peut favoriser des ressources essentielles au développement :
la capacité à coopérer ;
l’autonomie ;
la responsabilité ;
la capacité à différer une gratification ;
la compréhension des conséquences de ses actes ;
la prise en compte d’autrui ;
la pensée critique ;
la capacité à identifier et réguler ses réactions.
Mais toute éducation implique également des choix de priorités.
Lorsqu’une société accorde une place particulièrement importante à la réussite scolaire, professionnelle ou sociale, d’autres dimensions de la construction humaine peuvent recevoir moins d’attention. Il ne s’agit pas pour autant de considérer la réussite ou la productivité comme négatives en elles-mêmes. Elles constituent des ressources importantes pour l’individu et pour la société. La question porte plutôt sur leur place relative parmi les finalités éducatives.
L’éducation comme vecteur de construction
Une société n’enseigne donc pas seulement des connaissances. Elle transmet également, explicitement ou implicitement, des manières de considérer ce qu’est une vie réussie.
Elle peut accorder davantage de valeur à :
l’autonomie ou la conformité ;
la coopération ou la compétition ;
la connaissance ou la performance ;
la maîtrise de soi ou l’expression immédiate ;
la solidarité ou la réussite individuelle ;
la qualité des relations ou la reconnaissance sociale ;
l’intériorité ou la visibilité.
Ces oppositions ne doivent pas être considérées comme absolues. Une même société peut valoriser plusieurs de ces dimensions simultanément.
Ce qui importe ici est leur équilibre relatif. Certaines orientations peuvent être davantage encouragées, récompensées ou rendues nécessaires par l’organisation sociale. Il devient alors possible de parler, avec prudence, d’une orientation psychologique collective : non pas parce qu’une société posséderait une psychologie unique, mais parce que son organisation peut rendre certaines dispositions plus fonctionnelles que d’autres
Les orientations transmises par l’environnement
Les influences psychosociales peuvent également se renforcer mutuellement.
Une difficulté matérielle peut s’ajouter à une insécurité relationnelle. Une faible reconnaissance peut être renforcée par un environnement fortement compétitif. Une absence de ressources permettant de comprendre ou de symboliser une expérience peut rendre certaines difficultés plus difficiles à traiter.
Lorsque plusieurs contraintes se combinent, elles peuvent réduire certaines possibilités disponibles pour la personne et rendre certaines réponses adaptatives plus probables.
Ces réponses ne sont pas nécessairement pathologiques. Une stratégie défensive peut être parfaitement compréhensible dans un contexte donné et devenir plus coûteuse ou plus rigide lorsque les conditions changent.
C’est cette convergence de plusieurs influences qui permet de comprendre la métaphore de la pente locale : certaines orientations peuvent devenir plus accessibles, plus familières ou plus facilement renforcées que d’autres, sans pour autant constituer une trajectoire imposée.
Des influences qui peuvent converger
Le conditionnement psychosocial peut ainsi être envisagé comme un ensemble de couches de conditions qui se superposent. Certaines constituent des ressources — sécurité, stabilité relationnelle, reconnaissance, autonomie, ressources matérielles ou possibilités d’exploration — tandis que d’autres imposent des contraintes : insécurité, instabilité, isolement, pression sociale, précarité ou expériences répétées de rejet et de domination.
Ces conditions ne produisent pas nécessairement leurs effets séparément. Elles peuvent se renforcer, se compenser ou interagir. Leur combinaison peut alors contribuer à rendre certaines réponses plus probables ou certaines possibilités de développement plus difficiles d’accès.
C’est à ce niveau que le concept de relief psychosocial prend tout son sens.
Le relief psychosocial désigne la modalité vécue singulière que prend la conjonction de ces conditions et influences pour une personne donnée.
Le relief psychosocial ne comprend donc pas seulement les conditions matérielles dans lesquelles une personne évolue ou les relations auxquelles elle est exposée. Il comprend également les valeurs, normes et représentations socialement proposées, qui contribuent à orienter ce qu’elle apprend progressivement à considérer comme désirable, normal, réussi, respectable ou valorisant.
Le relief n’est ainsi pas seulement constitué de ce qui arrive à l’individu. Il comprend également ce que son environnement lui apprend à considérer comme important.
Il ne correspond donc pas simplement à l’environnement objectif dans lequel vit un individu. Deux personnes peuvent être exposées à des conditions comparables et en faire des expériences différentes. Leurs dispositions, leur histoire, leurs ressources et leur manière d’interpréter les situations participent à la configuration particulière qu’elles vivent.
Le relief peut ainsi comporter simultanément des ressources et des contraintes, des influences qui se renforcent et d’autres qui se contredisent.
Une même société peut, par exemple, favoriser l’autonomie individuelle tout en renforçant la dépendance à la réussite sociale. Elle peut valoriser la coopération tout en organisant certains domaines autour de la compétition. Elle peut promouvoir la liberté tout en imposant des contraintes économiques importantes.
Le relief psychosocial
Lorsque plusieurs composantes du relief convergent, elles peuvent contribuer à créer une orientation privilégiée.
La pente locale représente alors symboliquement cette orientation résultante. Elle n’est pas une cause première et ne constitue pas une trajectoire préétablie. Elle représente l’effet possible de la convergence de plusieurs influences.
Certaines réponses peuvent devenir plus faciles à adopter, davantage récompensées ou plus familières. D’autres peuvent devenir plus coûteuses ou moins accessibles.
Cela ne signifie pas qu’une personne est condamnée à suivre la pente qui s’est dessinée autour d’elle.
Le relief influence les possibilités sans déterminer entièrement la trajectoire. Une même condition peut produire des effets différents selon les individus, et une trajectoire peut être infléchie par de nouvelles expériences, de nouvelles relations, des apprentissages ou des transformations de l’environnement.
Une orientation résultante, plutôt qu'une trajectoire déterminée
Les valeurs occupent une place particulière dans cette dynamique.
Elles ne sont pas seulement des principes abstraits. Elles orientent les choix, hiérarchisent ce qui est considéré comme important et contribuent à organiser les relations avec soi-même et avec autrui. Elles participent ainsi à la régulation du comportement.
Elles sont transmises par la famille, l’école, les groupes sociaux, les institutions et la culture, mais également influencées par les pratiques auxquelles les individus sont quotidiennement confrontés.
Il existe ainsi une relation réciproque : la société influence les valeurs des individus, tandis que les valeurs des individus contribuent à reproduire ou à modifier la société.
Cette perspective conduit à considérer les valeurs comme l’un des vecteurs importants du conditionnement psychosocial, sans pour autant leur attribuer une efficacité automatique.
Le rôle des valeurs
L’environnement social ne constitue donc pas un simple décor dans lequel se développeraient des caractéristiques psychologiques déjà constituées.
Les individus participent eux-mêmes à la reproduction des normes qu’ils ont reçues. Ils peuvent également les remettre en question. Les comportements quotidiens entretiennent certaines pratiques ; les groupes peuvent en développer de nouvelles ; les générations peuvent modifier certaines représentations.
Le conditionnement psychosocial doit ainsi être compris comme une dynamique réciproque.
L'individu reçoit des influences, mais il les interprète et y répond. Il peut contribuer à reproduire son environnement, mais aussi à le modifier. La construction humaine se poursuit donc dans un espace où contraintes, ressources, apprentissages, relations et possibilités interagissent.
Une dynamique entre individu et société
Cette distinction est essentielle.
Le fait qu’un environnement puisse favoriser certaines orientations ne signifie pas qu’il les impose. Deux individus exposés à des conditions comparables peuvent développer des fonctionnements différents. Inversement, des environnements différents peuvent parfois conduire à des configurations présentant certaines ressemblances.
Le Cadre de cohérence ne propose donc pas une causalité simple entre une condition sociale et un profil psychologique.
Il propose d’examiner comment un ensemble de conditions peut rendre certaines configurations plus probables, plus accessibles ou plus difficiles à éviter, tout en laissant ouverte la question des trajectoires individuelles.
Le fond du conditionnement psychosocial constitue ainsi la toile de fond dans laquelle l’être humain se construit. Le relief psychosocial correspond à la configuration singulière que prend ce fond pour une personne donnée. Les influences qui s’y exercent peuvent converger, se compenser ou s’opposer, dessinant localement certaines orientations sans enfermer l’individu dans une trajectoire déterminée.
Cette articulation entre fond, relief, influences et trajectoire permet alors d’aborder une question essentielle : si l’être humain est façonné par son environnement, dans quelle mesure peut-il également se transformer lui-même et transformer les conditions dans lesquelles il évolue ?
C’est la question que développera la page suivante : Plasticité, conscience et transformation.
Une lecture qui n'est pas déterministe


