Plasticité, conscience et transformation

Synthèse

La construction humaine ne s’arrête pas à l’acquisition de dispositions : ce qui a été appris, répété et intériorisé peut devenir automatique, mais conserve parfois une possibilité d’évolution.

La conscience réflexive permet d’introduire une distance avec certains automatismes et de distinguer progressivement ce qui a été transmis de ce qui a été choisi, ce qui est devenu familier de ce qui est réellement souhaité, ou encore ce qui constitue une ressource de ce qui est devenu une contrainte.

La transformation ne consiste donc pas nécessairement à effacer ce qui nous a construits, mais peut prendre la forme d’une réappropriation et d’une réorganisation progressive des dispositions acquises.

Développement

La construction ne s’arrête pas à la construction

La construction humaine ne s'arrête pas à l'acquisition de dispositions.

Ce qui a été appris, répété et progressivement intégré peut devenir suffisamment familier pour fonctionner sans réflexion consciente. Certaines manières de penser, de ressentir ou d'agir peuvent alors apparaître comme allant de soi.

Elles peuvent être vécues comme des évidences personnelles alors qu'elles résultent en partie d'une histoire, d'apprentissages, de relations et de conditions sociales progressivement intériorisés.

Cette dimension automatique n'est pas nécessairement problématique. Une grande partie du fonctionnement humain repose sur l'acquisition de réponses devenues suffisamment familières pour ne plus nécessiter une mobilisation consciente permanente.

L'automatisation constitue ainsi à la fois une économie de fonctionnement et une possibilité de stabilisation des dispositions acquises.

Certaines dispositions peuvent néanmoins continuer à orienter les comportements alors même que les conditions qui ont contribué à leur formation ont changé.

Une manière de réagir autrefois adaptée peut devenir moins pertinente. Une croyance autrefois utile peut devenir une contrainte. Une stratégie développée pour répondre à une situation particulière peut continuer à être mobilisée dans des contextes qui ne la nécessitent plus.

La conscience réflexive permet alors d'introduire une distance avec ces automatismes.

Il ne s'agit pas de rechercher systématiquement l'origine de chaque comportement, ni de considérer toute disposition acquise comme problématique.

Il s'agit plutôt de pouvoir examiner ce qui, dans notre manière de fonctionner, semble suffisamment évident pour ne plus être questionné.

Cette démarche peut conduire à distinguer progressivement :

  • ce qui a été appris de ce qui a été choisi ;

  • ce qui est devenu familier de ce qui est réellement souhaité ;

  • ce qui répond encore aux conditions présentes de ce qui correspond à des conditions anciennes ;

  • ce qui constitue une ressource de ce qui est devenu une contrainte ;

  • ce qui relève d'une valeur personnellement appropriée de ce qui a simplement été intériorisé.

La réflexivité ne supprime donc pas le conditionnement psychosocial. Elle peut permettre de rendre certaines de ses influences plus visibles et ainsi d'ouvrir un espace de choix.

De la construction à la désautomatisation

Une valeur ou une norme peut être transmise par la famille, l'éducation, la culture ou l'environnement social, puis progressivement intériorisée.

Mais son intériorisation ne signifie pas nécessairement qu'elle a été véritablement appropriée.

L'appropriation suppose une étape supplémentaire : pouvoir examiner ce qui a été reçu, en comprendre la fonction, en mesurer les conséquences et déterminer la place que l'on souhaite lui accorder.

Une personne peut ainsi conserver une valeur transmise par son environnement, mais désormais parce qu'elle la reconnaît comme sienne.

Elle peut également la modifier, la relativiser ou décider de ne plus lui accorder la même importance.

Cette distinction est importante : se transformer ne signifie pas nécessairement se débarrasser de ce qui nous a construits.

La transformation peut également consister à reprendre possession de ce qui nous a été transmis.

De l'intériorisation à l'appropriation

La transmission entre générations

la transmission trangénérationnel y compris traumatique

Certaines composantes du fond du conditionnement psychosocial peuvent également se transmettre au-delà de l’échelle d’une seule existence.

Les parents transmettent à leurs enfants des comportements, des représentations, des valeurs et des manières d'interpréter les relations humaines.

Certaines pratiques éducatives peuvent ainsi se reproduire d'une génération à l'autre, parfois sans être explicitement questionnées.

Une manière de concevoir l'autorité, l'affection, la réussite, la responsabilité ou le rapport aux autres peut devenir une évidence familiale et être transmise comme telle.

Cette transmission ne signifie cependant pas qu'une caractéristique psychologique est automatiquement héritée d'une génération à l'autre.

Il faut distinguer transmission sociale et culturelle, transmission comportementale et éventuelles influences biologiques ou épigénétiques, qui relèvent de mécanismes différents.

Le concept de conditionnement psychosocial concerne ici principalement les processus par lesquels des influences humaines et sociales sont transmises et intégrées au cours du développement.

La conscience réflexive ne place pas nécessairement l'individu en dehors de son conditionnement.

Elle introduit plutôt une possibilité de regarder celui-ci depuis une certaine distance.

Cette distance permet de mettre en relation des éléments qui, lorsqu'ils fonctionnent automatiquement, peuvent apparaître séparés : une réaction émotionnelle, une croyance, une habitude, une attente sociale, une relation ou une représentation de soi.

Ce rapprochement peut faire apparaître certaines cohérences mais également certaines tensions.

Une personne peut par exemple découvrir qu'une manière de rechercher la reconnaissance, apprise très tôt, entre en conflit avec une aspiration actuelle à davantage d'autonomie. Une autre peut constater qu'une stratégie qui lui permettait autrefois de se protéger limite désormais certaines de ses possibilités relationnelles.

La réflexivité permet alors de la rendre observable, compréhensible et éventuellement modifiable.

La réflexivité comme espace de réorganisation

La plasticité humaine ne signifie pas que tout peut être transformé à volonté.

Certaines dispositions sont profondément inscrites dans l'histoire individuelle et certaines conditions extérieures échappent largement au pouvoir de la personne.

Elle signifie cependant que la construction humaine conserve une certaine capacité d'évolution.

De nouvelles expériences, de nouveaux apprentissages, de nouvelles relations et une prise de conscience réflexive peuvent modifier certaines dispositions et ouvrir d'autres possibilités d'action.

Cette capacité d'évolution ne signifie pas nécessairement que les dispositions antérieures disparaissent. Certaines peuvent demeurer disponibles tout en cessant d'occuper la même place dans l'organisation générale du fonctionnement psychologique.

La transformation peut ainsi être comprise comme une réorganisation des équilibres internes plutôt que comme une suppression du passé.

La plasticité comme possibilité d'évolution

La transformation apparaît ainsi moins comme une rupture avec ce qui nous a construits que comme une réorganisation progressive de ce qui a été construit.

Ce qui était autrefois central peut devenir secondaire. Ce qui fonctionnait automatiquement peut redevenir objet de choix. Une valeur héritée peut être réinterprétée. Une stratégie défensive peut perdre progressivement sa fonction. Une nouvelle expérience peut ouvrir une possibilité qui n'était auparavant pas accessible.

Le changement peut donc se produire par petites modifications successives plutôt que par une rupture unique.

Il ppeut également être favorisé lorsque plusieurs éléments du conditionnement psychosocial évoluent simultanément : environnement, relations, expériences, connaissances, habitudes et compréhension de soi. Le sujet évolue alors dans un nouveau relief psychosocial, c’est-à-dire dans une nouvelle configuration vécue de ses conditions et influences.

La plasticité n'est donc pas une promesse de liberté absolue. Elle constitue plutôt un espace de possibilités au sein des contraintes de l'histoire individuelle.

La transformation comme réorganisation

La transformation ne dépend pas uniquement d'une décision consciente.

Modifier les conditions dans lesquelles une personne évolue peut également modifier les possibilités qui s'offrent à elle.

Une nouvelle relation, un environnement plus sécurisant, une activité différente, une expérience de réussite ou d'échec, une formation ou un accompagnement peuvent introduire de nouvelles expériences susceptibles de modifier progressivement certaines dispositions.

L'individu ne se transforme donc pas seulement en réfléchissant sur lui-même. Il peut également évoluer en rencontrant d'autres conditions d'existence et d'autres possibilités d'action.

Cette idée prolonge directement celle du conditionnement psychosocial : si certaines dispositions peuvent être construites dans certaines conditions, leur évolution peut également être favorisée par la modification de ces conditions.

De nouvelles conditions, de nouvelles possibilités

Se transformer ne signifie pas revenir à un état antérieur supposé plus authentique.

Il n'existe pas nécessairement, derrière les apprentissages et les conditionnements, un « véritable soi » qu'il suffirait de retrouver.

L'histoire individuelle fait partie de la personne. La transformation consiste alors davantage à modifier la manière dont cette histoire continue d'organiser le présent.

Certaines acquisitions peuvent être conservées, d'autres réinterprétées. Certaines peuvent devenir des ressources là où elles constituaient auparavant des contraintes.

La transformation peut ainsi être envisagée comme une nouvelle organisation de l'existant, plutôt que comme une reconstruction à partir de rien.

La transformation n'est pas un retour à zéro

Cette dynamique permet également de préciser la notion d'autonomie. 

Être autonome ne signifie pas être dépourvu de conditionnements, d'influences ou d'apprentissages. Une telle situation serait probablement impossible.

L'autonomie peut plutôt être envisagée comme une capacité croissante à identifier certaines influences, à les examiner et à déterminer la place qu'elles peuvent occuper dans ses propres choix.

Elle ne supprime donc pas les déterminations. Elle augmente potentiellement la marge de manœuvre dont dispose la personne à leur égard.

Dans cette perspective, l'autonomie n'est pas l'absence d'influence mais une capacité de rapport réflexif aux influences qui nous constituent.

De la désautomatisation à l'autonomie

La transformation individuelle ne se produit pas indépendamment de l'environnement.

Les nouvelles expériences peuvent modifier certaines dispositions, lesquelles modifient à leur tour la manière dont la personne interprète les situations et interagit avec son environnement. Il existe donc ici une continuité avec la dynamique décrite dans les pages précédentes :

  • les conditions influencent la construction des dispositions ;

  • les dispositions orientent les comportements ;

  • les comportements modifient les relations avec l'environnement ;

  • ces nouvelles relations introduisent à leur tour de nouvelles conditions d'apprentissage et de transformation.

La construction humaine apparaît ainsi comme un processus ouvert, dans lequel stabilisation et changement peuvent continuellement se succéder.

La boucle entre individu et environnement

La possibilité de transformation constitue finalement l'un des prolongements essentiels de la construction humaine.

Si les dispositions sont en partie construites par les expériences, les relations, les apprentissages et les conditions sociales, elles ne sont pas pour autant nécessairement immuables.

La conscience réflexive peut permettre d'identifier certaines influences. L'appropriation peut permettre de reprendre possession de ce qui a été transmis. De nouvelles expériences peuvent introduire d'autres possibilités. La modification de l'environnement peut faciliter certaines évolutions.

Aucune de ces possibilités ne garantit une transformation déterminée.

Elles dessinent cependant un espace dans lequel l'individu peut progressivement comprendre, réévaluer, réorganiser et parfois transformer une partie de ce qui le constitue.

C'est dans cet espace que peuvent se rencontrer les deux dimensions fondamentales développées dans cette page : la continuité de la construction et la possibilité de son évolution.

Une possibilité de transformation

Cette conception donne également une place particulière à l'accompagnement.

L'accompagnement ne consiste pas à imposer une nouvelle organisation psychologique à une personne.

Il peut plutôt contribuer à créer des conditions favorables à l'observation, à l'expérience et à l'évolution.

Dans le cadre de la sophrologie, par exemple, certaines pratiques peuvent proposer une expérience corporelle et attentionnelle répétée, susceptible de favoriser l'apprentissage de nouvelles manières d'observer ses sensations, ses perceptions ou son vécu.

Il convient cependant de distinguer la possibilité d'un processus de transformation de l'affirmation d'un résultat systématique.

Une pratique peut constituer une influence parmi d'autres. Son effet dépend de la personne, de son engagement, du contexte et de nombreux autres facteurs.

Transformation et accompagnement

www.mindworld.fr

Pratiques thérapeutiques pour la santé mentale

© 2025. All rights reserved.