Comprendre l'humain pour rendre plus visible la part psychologique de la construction du monde social
Notre engagement


Menu rapide
Perspective

Il décrit notamment un environnement numérique dans lequel l'anonymat, l'insulte, la désinformation et la primauté de l'émotion peuvent prendre le pas sur l'argumentation et la confrontation raisonnée des points de vue. Il associe cette évolution à une forme de fatigue démocratique et appelle notamment à remettre la science, la culture, l'éducation et l'apprentissage au cœur de la réponse collective.
Un nouvel espace public
Le 3 octobre 2025, à Sarrebruck, à l'occasion du 35ᵉ anniversaire de la réunification allemande, Emmanuel Macron prononce un discours dont une partie est consacrée à l'état des démocraties européennes.
Son constat est préoccupant : un doute s'est installé sur les institutions, la confiance s'est fragilisée et l'espace public démocratique s'est profondément transformé.
Il décrit notamment un environnement numérique dans lequel l'anonymat, l'insulte, la désinformation et la primauté de l'émotion peuvent prendre le pas sur l'argumentation et la confrontation raisonnée des points de vue. Il associe cette évolution à une forme de fatigue démocratique et appelle notamment à remettre la science, la culture, l'éducation et l'apprentissage au cœur de la réponse collective.
Ce constat est celui d'un responsable politique confronté au fonctionnement concret des démocraties contemporaines. Il désigne principalement la transformation de l'espace public et les mécanismes propres aux réseaux sociaux.
Mais une question demeure en amont :
qu'est-ce qui, dans la psychologie humaine, rend possible l'attrait pour ces formes de communication et leur capacité à se diffuser à une telle échelle ?
Les réseaux sociaux n'ont pas créé l'être humain qui les utilise. Ils constituent un environnement technologique qui rencontre des dispositions déjà présentes : besoin de reconnaissance, recherche de statut, appartenance, peur du rejet, agressivité, désir de domination, besoin de certitude, attraction pour le conflit ou encore recherche de gratification immédiate.
Ils ne sont donc pas seulement une cause possible de transformation du comportement. Ils constituent aussi un révélateur et un amplificateur de mécanismes psychologiques qui leur préexistent.
C'est à partir de cette question que commence la réflexion de MindWorld.
Un signal contemporain
Le malaise de nos sociétés est généralement décrit à travers des indicateurs politiques, économiques ou institutionnels. Il est plus rarement abordé sous l'angle de la construction psychologique des individus et des conditions dans lesquelles cette construction s'effectue.
Le discours publics d'Emmanuel Macron à Sarrebruck, évoquait ainsi une transformation profonde de l'espace public démocratique :
« Nous avons [...] laissé notre espace public informationnel et démocratique totalement se transformer. »
Il en décrivait également les effets sur la qualité du débat :
« Le débat public qui devient un débat de haine, c'est le débat public qui devient un débat de violence. »
Et il formulait alors une conséquence qui dépasse déjà la seule question institutionnelle :
« Comment voulez-vous qu'il n'y ait pas une immense fatigue démocratique et des gens qui aillent de plus en plus vers le “nervous breakdown”. »
Le président français associait cette évolution à un environnement numérique qui favorise certaines formes de réactivité :
« Les algorithmes sont faits pour favoriser l'excitation cognitive, la surréaction, le volume de ce qu'on aime ou de ce qu'on n'aime pas, favorisant, là encore, les extrêmes. »
Il évoquait enfin directement la santé psychique des jeunes :
« Et regardez l'épidémie de troubles mentaux, de troubles du comportement alimentaire de nos adolescents et de nos jeunes. »
Ces propos constituent un signal contemporain particulièrement significatif : les difficultés collectives sont de plus en plus décrites à travers des phénomènes qui touchent aux émotions, aux comportements, aux capacités de raisonnement et à la santé psychique.
Macron formule lui-même le problème à une échelle plus large lorsqu'il parle d'« une dégénérescence de nos démocraties » et affirme :
« Mais nous avons un problème avec nous-mêmes, avec les infrastructures de nos démocraties. »
La question qui intéresse MindWorld commence précisément ici.
Que se passe-t-il dans l'être humain lorsque certaines influences sociales, culturelles, éducatives et techniques se superposent durablement ?
Comment certaines manières de percevoir, de ressentir, de réagir et d'entrer en relation deviennent-elles plus familières que d'autres ?
Comment certaines orientations psychologiques peuvent-elles ensuite trouver dans leur environnement des conditions qui les renforcent ?
C'est l'une des questions centrales du Cadre de cohérence.
Elle conduit notamment à examiner les mécanismes fondamentaux de la construction humaine, les neuf dimensions de la construction humain] et le fond du conditionnement psychosocial.
Elle conduit aussi à considérer certaines formes extrêmes non comme des anomalies surgies de nulle part, mais comme des configurations qui permettent d'observer, de manière particulièrement visible, jusqu'où certaines orientations peuvent se cristalliser. La perversion narcissique constitue à cet égard un objet d'étude particulièrement révélateur.
Mais la question ne s'arrête pas aux formes extrêmes.
Si certaines capacités de l'esprit — conscience réflexive, autorégulation, autonomie intérieure, intégration affective, rapport à autrui, adhésion à la réalité — participent à la manière dont les individus habitent le monde, alors leur développement ne relève pas uniquement de la responsabilité individuelle.
Il dépend aussi des environnements dans lesquels les êtres humains grandissent.
C'est pourquoi le discours de Macron trouve un autre écho dans cette réflexion lorsqu'il appelle à remettre « la science et la connaissance au cœur », ainsi que « la culture, de l'éducation, de l'apprentissage ».
Une société ne peut pas attendre de ses citoyens des capacités qu'elle ne contribue jamais réellement à entraîner.
C'est ici que la question psychologique devient une question sociale et, progressivement, une question civilisationnelle.
MindWorld ne prétend pas expliquer la société à partir de la psychologie. Il cherche à rendre plus visible la part psychologique de sa construction, ainsi que les conditions éducatives, culturelles et sociales dans lesquelles les capacités de l'esprit se développent.
Lorsque les extrêmes visibles révèle la pente psychosociale latente
Le malaise civilisationnel
La déclaration du président macron trouve une profondeur plus ancienne.
Dans Malaise dans la civilisation, Freud s'intéressait déjà à la tension entre les exigences de la vie collective et les forces psychiques qui traversent l'individu.
Entre les deux demeur une intuition féconde : une civilisation n'est pas seulement un ensemble d'institutions, de techniques et de règles. Elle est aussi un environnement psychologique.
Elle transmet des valeurs.
Elle forme des habitudes.
Elle récompense certains comportements.
Elle en sanctionne d'autres.
Elle détermine en partie ce qui paraît désirable, normal, respectable ou réaliste.
Elle contribue ainsi à former les esprits qui la composent.
Et ces esprits contribuent à leur tour à maintenir ou à transformer la civilisation.
Que nous apprennent les formes extrêmes ?
La perversion narcissique constitue pour MindWorld un exemple particulièrement révélateur.
Elle ne représente évidemment pas la psychologie ordinaire. Elle constitue au contraire une configuration extrême qui permet d'observer certains mécanismes avec une netteté particulière : instrumentalisation d'autrui, recherche de contrôle, besoin de reconnaissance, difficulté à reconnaître la subjectivité de l'autre, disqualification de la contradiction ou encore organisation défensive du rapport au réel.
L'intérêt de l'observer ne consiste donc pas seulement à identifier les personnes qui présentent ces caractéristiques.
Il consiste aussi à poser une question plus large :
que deviennent certaines tendances psychologiques lorsqu'elles rencontrent un environnement qui leur offre des possibilités d'expression, de reconnaissance ou de pouvoir ?
Et une seconde question apparaît immédiatement :
que nous disent les formes extrêmes sur les formes ordinaires dont elles peuvent constituer une amplification ou une cristallisation ?
Cette question ne suppose pas une continuité directe entre le fonctionnement ordinaire et la perversion narcissique.
Elle invite à examiner les conditions dans lesquelles certaines orientations peuvent progressivement se renforcer, se normaliser et devenir difficiles à remettre en question
ILLUSTRATION — Marie-France Hirigoyen
Dans Les Narcisse, Marie-France Hirigoyen propose précisément de déplacer la réflexion du seul individu vers son environnement social.
La présentation de l'ouvrage relie explicitement narcissisme, société de performance et de consommation, compétition, pouvoir, monde professionnel, médias et réseaux sociaux. Le livre consacre également des développements aux effets du narcissisme dans les organisations et à celui des personnalités narcissiques dans la sphère politique.
L'intérêt de cette référence pour MindWorld est de constater qu'une clinicienne ayant travaillé sur les violences et les fonctionnements narcissiques pose elle-même une question qui dépasse largement la clinique :
que dit une société de ses propres valeurs lorsqu'elle donne une place importante à certaines formes de narcissisme ?
Un cas contemporain :
Donald Trump
Donald Trump constitue un exemple particulièrement médiatisé de cette interrogation.
Marie-France Hirigoyen lui consacre le premier chapitre de Les Narcisse et analyse son comportement dans le cadre de sa réflexion sur le narcissisme au pouvoir.
D'autres observateurs ont proposé des lectures psychologiques différentes ou plus radicales de sa personnalité.
Ces interprétations ne doivent pas être confondues avec un diagnostic établi à distance.
L'intérêt pour MindWorld se situe ailleurs :
quelles conditions politiques, médiatiques, culturelles et psychologiques rendent possible l'accession d'une personnalité présentant publiquement certaines caractéristiques à une position de pouvoir aussi considérable ?
La question porte alors moins sur l'individu que sur le système humain dans lequel sa trajectoire devient possible.
L'éducation : entraîner les capacités de l'esprit
C'est ici que la question de l'éducation devient centrale.
Si certaines capacités psychologiques sont nécessaires pour participer à une vie collective complexe, leur développement ne peut pas relever uniquement de la volonté individuelle.
On ne peut pas demander durablement aux citoyens de faire preuve de discernement, d'autorégulation, de capacité réflexive, d'autonomie intérieure, de respect de la contradiction ou d'adhésion au réel sans s'interroger sur les environnements dans lesquels ces capacités sont développées.
Une société ne fabrique pas mécaniquement une psychologie déterminée.
L'éducation publique ne produit pas à elle seule les individus qu'une civilisation devient.
La famille, les relations, les conditions matérielles, la culture, les médias, les expériences personnelles et les institutions participent également à cette construction.
Mais l'éducation constitue l'un des rares dispositifs par lesquels une société peut délibérément transmettre et entraîner certaines capacités humaines à grande échelle.
Elle ne transmet donc pas seulement des connaissances.
Elle contribue aussi à former des manières de penser, d'argumenter, de coopérer, de gérer les désaccords, de différer une réaction, de considérer une contradiction, d'évaluer une information et de se situer parmi les autres.
Cette dimension mérite d'être considérée comme une question de civilisation.
Un cas contemporain :
Donald Trump
Donald Trump constitue un exemple particulièrement médiatisé de cette interrogation.
Marie-France Hirigoyen lui consacre le premier chapitre de Les Narcisse et analyse son comportement dans le cadre de sa réflexion sur le narcissisme au pouvoir.
D'autres observateurs ont proposé des lectures psychologiques différentes ou plus radicales de sa personnalité.
Ces interprétations ne doivent pas être confondues avec un diagnostic établi à distance.
L'intérêt pour MindWorld se situe ailleurs :
quelles conditions politiques, médiatiques, culturelles et psychologiques rendent possible l'accession d'une personnalité présentant publiquement certaines caractéristiques à une position de pouvoir aussi considérable ?
La question porte alors moins sur l'individu que sur le système humain dans lequel sa trajectoire devient possible.
Le Cadre de cohérence
Le Cadre de cohérence décrit la construction humaine comme une dynamique dans laquelle des conditions successives, des apprentissages, des relations, des valeurs et des répétitions se superposent et convergent.
Cette logique ne conduit pas nécessairement vers des configurations plus fermées. Une convergence peut renforcer l'autonomie, la réflexion, l'intégration ou l'ouverture au réel comme elle peut renforcer le contrôle, la dépendance, la domination ou certains mécanismes défensifs.
Ce qui importe ici est la dynamique de convergence et de renforcement, et non l'existence d'une trajectoire unique.
Au-delà du symptôme social
Lorsqu'un comportement collectif devient préoccupant, la tentation est de rechercher immédiatement son origine dans l'environnement qui le rend visible.
Les réseaux sociaux seraient responsables de la dégradation du débat public. Les médias seraient responsables de la polarisation. Les institutions seraient responsables de la défiance. La politique serait responsable du désintérêt des citoyens.
Ces facteurs jouent effectivement un rôle. Mais ils ne suffisent pas à expliquer pourquoi certaines formes de comportement rencontrent autant de succès.
Un environnement ne fonctionne jamais indépendamment des individus qui l'habitent.
Il existe une interaction permanente entre les conditions sociales et les dispositions psychologiques :
les conditions influencent les individus ; les individus produisent des comportements ; les comportements transforment leur environnement ; cet environnement devient à son tour une nouvelle condition d'apprentissage.
Ce mécanisme constitue l'un des prolongements essentiels du Cadre de cohérence.
La société n'est donc pas seulement un cadre extérieur qui façonne les individus. Les individus contribuent eux-mêmes, par leurs comportements, leurs relations et leurs choix, à reproduire ou à transformer les conditions sociales dans lesquelles ils vivent.
Certaines configurations psychologiques trouvent alors dans certains environnements des conditions particulièrement favorables à leur expression, à leur reconnaissance ou à leur renforcement.
La question devient ainsi moins :
« Qui est responsable de ce problème ? »
que :
« Quels mécanismes psychologiques et sociaux permettent à ce problème de se maintenir et de se reproduire ? »


I. Rendre visible la dimension psychologique du champs social
Les difficultés d'une société sont généralement décrites à travers ses institutions, son économie, ses conflits, ses lois ou ses transformations culturelles. Une autre dimension reste plus difficile à saisir : ce qui se construit dans les esprits.
Les individus ne reçoivent pas passivement le monde dans lequel ils vivent. Ils y développent des habitudes, des représentations, des valeurs, des manières de ressentir, de réagir et d'entrer en relation. Ces acquisitions deviennent progressivement familières et participent à l'organisation du fonctionnement psychologique.
Le problème apparaît lorsque certaines de ces orientations deviennent tellement ordinaires qu'elles cessent d'être perçues comme des influences. Ce qui a été appris peut alors apparaître comme naturel. Ce qui a été transmis peut être vécu comme évident. Ce qui a été répété peut devenir une manière spontanée de réagir. Ce qui est largement partagé peut finir par se confondre avec le « bon sens ».
MindWorld cherche précisément à rendre cette dimension plus visible.
Il ne s'agit pas de considérer que la société détermine mécaniquement les individus. Son influence s'exerce plutôt sur les probabilités de développement : par l'ampleur des populations qu'elle touche, la durée des influences qu'elle transmet et les conditions matérielles, culturelles, éducatives et relationnelles qu'elle met en place, elle contribue à rendre certaines orientations plus familières, plus valorisées ou plus accessibles que d'autres. La construction humaine reste cependant ouverte. Les individus interprètent, résistent, transforment et réorganisent ce qu'ils reçoivent.
Le Cadre de cohérence développé par MindWorld propose une grille pour examiner cette construction : conditions, influences, conditionnements, convergence, configuration psychologique et transformation.
[Lien — Cadre de cohérence]
Cette perspective permet également de déplacer le regard : au lieu d'attendre que certaines difficultés deviennent suffisamment visibles pour être nommées, elle invite à examiner les mécanismes psychologiques qui les précèdent.
II. De l'individu à la société
Une configuration psychologique ne reste pas enfermée dans la vie intérieure. Elle s'exprime dans les comportements, les choix, les relations et les manières d'occuper une place dans le monde. Ces comportements rencontrent ensuite un environnement qui peut les limiter, les contredire, les récompenser ou les renforcer.
Une dynamique réciproque s'établit alors :
L'environnement participe à la construction des dispositions ; les dispositions orientent les comportements ; les comportements modifient à leur tour certaines relations et conditions sociales. La société n'est donc ni une simple cause extérieure qui fabriquerait les individus, ni un simple décor dans lequel ceux-ci évolueraient indépendamment.
Elle résulte aussi des interactions entre des êtres humains déjà constitués, qui contribuent eux-mêmes à maintenir, modifier ou transformer les conditions dans lesquelles ils vivent. Cette dynamique devient particulièrement importante lorsque certaines configurations disposent de moyens d'action importants sur leur environnement.
Le pouvoir, l'autorité, la position sociale, les ressources économiques ou la capacité à influencer les représentations collectives donnent alors à certaines dispositions une portée qui dépasse la sphère individuelle.
La question devient alors :
Comment les fonctionnements psychologiques individuels participent-ils à la reproduction ou à la transformation du monde social ?
Cette boucle constitue l'un des points de passage entre psychologie et organisation sociale.
Elle ouvre également une question plus spécifiquement sociétale : quelles valeurs, quelles normes et quelles formes d'organisation rendent certaines orientations plus visibles, plus légitimes ou plus fonctionnelles que d'autres ?
[Lien — Positionnement sociétal et politique]
III. Réconcilier l'humain
L'un des engagements les plus fondamentaux de MindWorld est contenu dans son identité même : réconcilier ce que notre culture sépare trop souvent.
L'être humain dispose d'une faculté remarquable d'analyse, d'abstraction, de conceptualisation et de résolution de problèmes. Ces capacités ont contribué de manière décisive à son adaptation et à son développement.
Mais l'être humain n'est pas seulement un être qui pense.
Il est aussi un être incarné, sensible, émotionnel et relationnel. Il éprouve le monde à travers son corps, ses perceptions, ses émotions, son histoire et son vécu. Lorsque l'une de ces dimensions prend durablement le dessus, l'autre peut être reléguée au second plan.
Une vie principalement organisée autour de l'analyse, de l'abstraction, de l'efficacité et de la maîtrise peut conduire à négliger le vécu corporel, les émotions, la sensibilité ou la qualité de la relation à soi. À l'inverse, une vie exclusivement gouvernée par la sensation immédiate ou l'émotion prive l'être humain des capacités de recul, de discernement et de compréhension que lui donne son intelligence réflexive.
L'enjeu n'est donc pas de choisir entre l'intellect et la sensibilité. Il est de réintégrer les deux dans une même conception de l'humain.
Cette intégration peut avoir des effets très concrets : meilleure perception de ses propres états, relation plus ajustée aux émotions, capacité à repérer plus tôt certaines tensions, recul plus important face aux automatismes, mais aussi accès à une expérience de l'existence moins exclusivement organisée autour de l'action et du résultat.
Le logo de MindWorld exprime symboliquement cette orientation : une partie intellectuelle et une partie sensible réunies dans une même représentation de l'humain.
Il ne s'agit pas de rechercher un équilibre fixe ou identique pour tous. Il s'agit de développer les deux pôles et leur capacité à dialoguer, afin que ni l'abstraction ni la sensation ne deviennent l'unique manière d'habiter le monde.
[Lien — L'union corps-esprit]
[Aparté — Le monde analytique et le monde sensible]
IV. Défendre l'humain : authenticité, bienveillance et sagesse
L'engagement de MindWorld ne consiste pas seulement à analyser les mécanismes qui produisent certaines difficultés. Il consiste aussi à défendre une certaine manière d'habiter la vie.
Une vie plus authentique, parce qu'elle permet de réduire l'écart entre ce que l'on éprouve, ce que l'on pense, ce que l'on valorise et ce que l'on donne à voir.
Une vie plus simple, parce que la valeur d'une existence ne se mesure pas exclusivement à ce qu'elle possède, produit ou démontre.
Une vie plus saine, parce qu'elle suppose un rapport suffisamment ajusté au corps, aux émotions, aux autres, au travail, aux besoins et aux limites de l'existence.
Une vie plus sage, enfin, parce qu'elle implique la capacité à reconnaître ses propres limites, à interroger ses certitudes et à distinguer ce qui mérite réellement d'être poursuivi de ce qui nous est simplement devenu familier.
Cette orientation conduit également à défendre la bienveillance.
Non pas une bienveillance réduite à la gentillesse ou à la complaisance, mais une disposition à chercher à comprendre avant de juger, à reconnaître la complexité d'une situation et à considérer l'être humain dans les conditions qui ont contribué à le construire.
Comprendre n'est pas excuser.
La bienveillance peut au contraire renforcer la lucidité lorsqu'elle permet de mieux distinguer les mécanismes, les responsabilités et les conséquences.
Cette conception rejoint la distinction développée par MindWorld entre matérialisme philosophique et matérialisme ordinaire. Le matérialisme philosophique constitue une position concernant la nature du réel. Le matérialisme ordinaire désigne, lui, une orientation pratique dans laquelle la possession, la sécurité matérielle, la réussite, la performance ou la reconnaissance peuvent occuper une place excessive.
Le problème n'est donc pas la matière, la réussite ou l'ambition en elles-mêmes. Il apparaît lorsqu'elles deviennent des critères dominants de la valeur accordée à l'existence.
[Lien — L'esprit matérialiste]
Le Radeau de la Méduse propose une autre manière d'aborder cette question : une société humaine doit organiser la coexistence d'individus soumis à des forces de survie, de compétition, de vulnérabilité et de coopération. Elle ne supprime pas ces forces ; elle cherche à les contenir et à les orienter.
[Lien — Le Radeau de la Méduse]
V. Développer les capacités de l'esprit
Le psychisme humain n'est pas une structure figée. Il s'est constitué au cours de l'évolution comme un ensemble extraordinairement complexe de capacités permettant à l'être humain de percevoir, anticiper, apprendre, s'adapter, se protéger, entrer en relation et maintenir une forme d'équilibre face à son environnement.
Pour remplir ces fonctions, l'esprit mobilise des ressources très différentes : raisonnement, abstraction, imagination, émotion, mémoire, intuition, attention, stratégies d'adaptation et mécanismes de défense.
Toutes ces dimensions participent à la construction psychique. Certaines sont anciennes, certaines plus élaborées ; aucune ne suffit à elle seule à rendre compte de l'être humain.
Dans cette perspective, le développement de l'esprit n'a rien d'une réalité mystérieuse. Il relève de la logique même de la vie et de l'adaptation humaine.
MindWorld souhaite ainsi contribuer à sortir les pratiques de développement psychique et intérieur du spectre culturel de l'ésotérisme.
Une partie de la méfiance qui entoure encore la méditation, l'introspection, la relaxation ou certaines formes de travail sur soi tient à une confusion persistante : dès qu'une pratique concerne l'intériorité, elle est parfois associée à des croyances, à des promesses extraordinaires ou à des conceptions surnaturelles de l'esprit.
Cette confusion entretient elle-même une boucle : les pratiques restent peu connues du grand public, leur méconnaissance nourrit la suspicion, et cette suspicion limite à son tour leur transmission et leur compréhension.
Il s'agit précisément de briser cette boucle.
La spiritualité, lorsqu'elle est entendue dans le sens que lui donne MindWorld — comme développement de l'esprit et approfondissement de la vie psychique — n'a pas besoin d'être surnaturelle pour avoir un sens humain.
Elle peut être abordée comme une dimension de l'expérience et du développement de la personne, dans un langage rationnel, critique et accessible.
[Lien — Entre scientisme et relativisme]
[Lien — Comprendre et pratiquer la méditation]
[Lien — La cognition incarnée & la science]
VI. Former l'esprit et cultiver une culture intérieure
Si certaines capacités psychologiques participent à la manière dont les individus habitent le monde, leur développement ne relève pas exclusivement de la volonté individuelle.
Les êtres humains se forment dans des environnements.
La famille, l'école, les relations, la culture, les médias, le monde professionnel et les institutions participent tous à cette formation.
L'éducation occupe toutefois une place particulière : elle constitue l'un des rares environnements par lesquels une société peut volontairement chercher à développer certaines capacités chez une grande partie de ses membres.
Une société qui souhaite favoriser la conscience réflexive, l'autorégulation, l'autonomie intérieure, l'intégration affective, le rapport à autrui ou l'adhésion à la réalité doit leur donner une place explicite dans la formation humaine.
Une civilisation ne peut pas attendre de ses citoyens une capacité qu'elle n'a jamais réellement contribué à entraîner.
Cela ne signifie pas que l'éducation détermine mécaniquement les individus. Elle constitue un environnement parmi d'autres, dans lequel les dispositions se construisent, se renforcent, se compensent ou se transforment.
Mais elle peut contribuer à rendre certaines capacités plus familières, plus accessibles et plus légitimes.
C'est pourquoi les neuf dimensions de la construction humaine constituent pour MindWorld davantage qu'un outil descriptif. Elles représentent aussi un ensemble de fonctions humaines dont le développement mérite d'être encouragé.
La conscience réflexive, l'autorégulation, l'autonomie intérieure, l'orientation existentielle, l'intégration des processus inconscients, l'adhésion à la réalité, le rapport à autrui, l'intégration affective et l'énergie d'action participent toutes, à leur manière, à la capacité d'une personne à habiter son existence avec davantage de discernement.
Cette formation de l'esprit peut également s'appuyer sur des pratiques concrètes. L'introspection, la méditation, la sophrologie, la relaxation et les pratiques d'attention constituent des moyens parmi d'autres de développer une relation plus consciente à soi, à son corps, à ses émotions et à ses fonctionnements habituels.
MindWorld souhaite contribuer à leur donner une place plus normale dans la culture contemporaine : non comme des pratiques mystérieuses ou réservées à un public particulier, mais comme des moyens d'entraîner certaines capacités humaines dans un cadre rationnel et critique.
[Lien — Les neuf dimensions de la construction humaine]
[Lien — Pratiques thérapeutiques pour le bien-être mental]
VII. Élargir le rapport au monde
Développer le psychisme ne signifie pas seulement mieux fonctionner. Il est également possible de transformer la manière dont le monde est vécu.
La vie quotidienne nous conduit souvent à percevoir les choses selon leur fonction : une clé à molette sert à réparer, une route à nous déplacer, un écran à nous informer, un objet à être utilisé.
Cette manière de percevoir est indispensable à l'action. Mais elle n'épuise pas les possibilités de l'expérience humaine.
Une fleur peut être reconnue comme un objet biologique, identifiée, classée et décrite. Elle peut aussi devenir une expérience sensible : sa forme, sa couleur, sa fragilité, son parfum ou simplement sa présence peuvent prendre une importance qui n'est plus réductible à son utilité.
Il en va de même d'un paysage, d'un coucher de soleil, d'une musique, d'une rencontre ou d'un moment de silence. Cette expérience n'est ni fabriquée, ni naïve, ni nécessairement mystique. Elle correspond à une modification réelle du rapport vécu au monde.
Chacun peut d'ailleurs en faire l'expérience dans certaines circonstances. Les vacances, par exemple, suspendent parfois temporairement les impératifs habituels : le temps se libère, l'attention se déplace et des éléments ordinaires de l'environnement retrouvent une présence qui avait été masquée par l'habitude et l'efficacité.
Il devient alors possible de voir autrement ce qui était déjà là.
MindWorld souhaite contribuer à rendre cette possibilité plus consciente et plus accessible.
Il ne s'agit pas d'abandonner l'efficacité, la rationalité ou l'action, mais d'élargir le registre des manières d'être au monde.
Pas uniquement comprendre, mais aussi éprouver.
Pas uniquement agir, mais aussi être présent.
Pas uniquement utiliser, mais aussi rencontrer.
Ce rééquilibrage peut redonner de la profondeur à l'expérience quotidienne, restaurer certaines formes d'intimité avec soi-même et avec le monde et, potentiellement, contribuer à un réenchantement de la vie, sans qu'il soit nécessaire d'introduire une quelconque explication surnaturelle.
[Lien — L'union corps-esprit]
[Lien — Comprendre et pratiquer la méditation]
[Aparté — Du monde fonctionnel au monde vécu]
VIII. Une société des consciences
Ces différentes orientations convergent vers un horizon plus large : contribuer à une culture de la conscience.
Une telle culture ne consiste pas à faire entrer tout le monde dans un même modèle psychologique. Elle consiste à reconnaître que certaines capacités humaines méritent d'être développées, au même titre que les connaissances, les compétences professionnelles ou les capacités physiques.
Comprendre ce qui nous traverse.
Reconnaître ce qui nous influence.
Identifier certains automatismes.
Pouvoir examiner ses propres représentations.
Réguler certaines réactions.
Comprendre les autres sans renoncer à son discernement.
Développer une relation plus consciente à ses valeurs.
Pouvoir orienter son existence autrement que sous l'effet exclusif de la pression sociale, de l'habitude ou de la recherche de reconnaissance.
Ces capacités ne suppriment ni les conflits, ni les désaccords, ni les contraintes de l'existence. Elles élargissent cependant les possibilités de les traverser avec davantage de conscience.
Une société des consciences ne serait donc pas une société dans laquelle tout le monde penserait de la même manière.
Ce serait une société qui accorderait davantage de place au développement des capacités permettant à chacun de penser, ressentir, choisir et entrer en relation avec davantage de discernement.
Elle pourrait ainsi donner une place plus importante à la connaissance de soi, à l'introspection, à la régulation émotionnelle, à la compréhension des mécanismes inconscients, à la bienveillance, à l'authenticité et à la capacité d'émerveillement.
L'enjeu n'est pas de fabriquer un nouvel idéal humain.
Il est de donner davantage de possibilités à l'humain.
[Lien — Pratiques thérapeutiques pour le bien-être mental]
IX. La place de MindWorld
MindWorld ne prétend ni résoudre ces problèmes ni définir à lui seul ce que devrait être une société idéale.
Son engagement est plus limité et plus concret.
Rendre visibles certains mécanismes.
Donner des mots à ce qui reste souvent implicite.
Briser certains tabous psychologiques.
Réconcilier rationalité et sensibilité.
Défendre une rationalité ouverte, sans scientisme ni relativisme.
Promouvoir la bienveillance sans renoncer à la lucidité.
Encourager une culture de l'intériorité.
Rendre plus accessibles les pratiques qui permettent de mieux se connaître et de développer certaines capacités de l'esprit.
Interroger les valeurs et les modèles sociaux qui orientent silencieusement les existences.
Contribuer à sortir l'intériorité, la méditation, la sophrologie et les pratiques d'attention du soupçon culturel qui les associe trop facilement à l'ésotérisme.
MindWorld agit à son échelle.
Il ne s'agit pas de transformer le monde à partir d'une doctrine.
Il s'agit de contribuer à ce que davantage d'êtres humains puissent comprendre ce qui les construit, reconnaître ce qui les conditionne, développer leurs capacités psychiques et choisir plus librement ce qu'ils souhaitent en faire.



