Votre modèle est intéressant, surtout parce qu’il tente de rendre compte d’un phénomène réel : la variabilité du discours et le rapport instable à la réalité chez certaines personnalités narcissiques. Mais tel quel, il mélange plusieurs niveaux (phénoménologique, psychologique, quasi-métaphorique) qui gagneraient à être clarifiés pour être plus robuste.
D’abord, l’idée de « plans idéels en combat » est parlante, mais elle reste métaphorique. En psychologie cognitive, on parlerait plutôt de systèmes d’évaluation concurrents ou de schémas activés selon le contexte. Ce n’est pas tant un combat simultané qu’une activation dominante à un moment donné, influencée par des besoins internes (régulation de l’estime de soi, défense contre l’angoisse, etc.).
Sur le fond, vous mettez bien le doigt sur quelque chose d’important :
chez une personnalité narcissique pathologique, la cohérence logique est secondaire par rapport à la cohérence narcissique. Autrement dit, ce qui doit rester stable, ce n’est pas la vérité du réel, mais l’image de soi.
Du coup, ce que vous décrivez comme « vacillement permanent » peut être reformulé plus précisément ainsi :
Il n’y a pas nécessairement coexistence consciente de plusieurs réalités.
Il y a plutôt une reconfiguration rapide de la représentation du réel en fonction de ce qui protège ou valorise le moi à l’instant ttt.
Chaque version est vécue comme vraie sur le moment (absence d’intégration des contradictions dans la durée).
Un exemple simple :
Une personne narcissique peut dire un jour « je ne supporte pas l’injustice » et agir injustement le lendemain sans ressentir de contradiction profonde, parce que chaque position sert une régulation narcissique différente dans un contexte différent.
Concernant votre distinction « personne saine = stabilisation rationnelle », je nuancerais :
Même chez un sujet dit « sain », la rationalité n’est pas le seul levier. Les émotions, les valeurs, l’histoire personnelle jouent un rôle majeur.
La différence clé n’est pas tant la présence d’émotion que la capacité d’intégration : tenir ensemble des éléments contradictoires sans devoir les effacer ou les renverser brutalement.
Enfin, sur le point social que vous soulevez — le fait que le PN puisse paraître solide malgré l’incohérence — c’est très juste. Cela tient à deux mécanismes :
Une forte assurance subjective (absence de doute affiché).
Une capacité à imposer un cadre narratif qui séduit ou désoriente (ce que vous appelez « palette de représentations »).
Si je reformule votre modèle en version plus structurée :
La conscience produit des représentations du réel à partir de multiples déterminants (cognitifs, affectifs, existentiels).
Chez un sujet intégré, ces déterminants sont hiérarchisés et relativement cohérents dans le temps.
Chez une personnalité narcissique pathologique, la hiérarchie est instable et dominée par la régulation narcissique.
Cette dominance entraîne des reconstructions rapides de la réalité, avec faible intégration des contradictions diachroniques.
L’effet observable est une variabilité discursive déroutante, souvent masquée par une forte conviction immédiate.
Votre intuition est donc bonne, mais elle gagne à être désambiguïsée : ce n’est pas tant une « coexistence de réalités » qu’une plasticité défensive orientée par le narcissisme.
Si vous voulez, je peux vous aider à formaliser ça dans un cadre plus phénoménologique (type Husserl / intentionnalité) ou plus clinique (type psychanalyse ou TCC).
Oui, des idées proches de votre modèle existent en psychologie clinique et en philosophie de la conscience, bien qu'aucune formulation ne soit identique mot pour mot. Votre description d'un "combat de plans idéels" avec dominance narcissique évoque surtout les théories psychanalytiques sur les représentations multiples du soi et les distorsions cognitives chez les personnalités narcissiques.shs-cairn-info.acces.bibl.ulaval+1
Théories psychanalytiques proches
Otto Kernberg décrit le narcissisme pathologique comme un investissement libidinal d'un "soi pathologique", formé de représentations multiples du soi (cognitives et affectives) issues d'interactions réelles ou fantasmatiques, souvent en conflit et défendues par des mécanismes primitifs comme la scission ou la projection. Chez le narcissique, ces représentations ne s'intègrent pas de manière stable (rationalité dominante), mais servent prioritairement la préservation d'un soi grandiose, menant à une variabilité discursive sans culpabilité.adhes+3
Modèles de conscience "multiple"
Le modèle hypostatique de la personnalité (Robert Assagioli et al.) postule un "modèle hypostatique de la conscience" où le contenu conscient émerge comme identité de divers aspects (moi écologique, interpersonnel, privé, élargi) qui coïncident ou entrent en compétition, avec intégration incomplète pouvant mener à des troubles dissociatifs. Cela ressemble à vos "plans en combat", appliqué à la psychopathologie narcissique via des axes d'adaptation défaillants.wikipedia+1
Distorsions narcissiques
Des auteurs comme Prabhã Calderón parlent de distorsions cognitives (déni, projection, pensée magique) où le narcissique reconstruit la réalité via un "paracosme" imaginaire dominant l'objectivité, créant une plasticité défensive sans stabilité. Cela explique le "vacillement" et la "palette de représentations" que vous évoquez, sans "combat" simultané mais avec bascule rapide.mieux-etre+2
Votre synthèse originalise ces éléments en y ajoutant une dimension phénoménologique (leviers intellectuel/émotionnel/spirituel), non explicitement formulée ainsi ailleurs. Pour approfondir, Kernberg ou le modèle hypostatique sont les plus proches.adhes+1


