Le vampire

Le terme vampirisation n’est pas utilisé dans la littérature clinique. Il s’agit d’une métaphore populaire, utile pédagogiquement mais trompeuse si elle est prise au pied de la lettre. Le concept scientifique correspondant est le "narcissistic supply" (approvisionnement narcissique).

Sources:

  • Kernberg, O. (1975). Borderline Conditions and Pathological Narcissism. Jason Aronson.

  • American Psychiatric Association (2013). DSM-5. Section Narcissistic Personality Disorder.

Définition

La vampirisation psychique peut être définie comme un processus relationnel dans lequel une personne, consciemment ou non, exploite l'énergie émotionnelle, mentale ou même physique d'une autre personne pour satisfaire ses propres besoins, sans réciprocité ni considération pour le bien-être de l'autre.

C'est une dynamique relationnelle destructrice

Plusieurs mécanismes psychologiques expliquent ce phénomène :

  • Le besoin de validation externe : certaines personnes, en raison d'une faible estime d'elles-mêmes, cherchent constamment à être validées par autrui, au point d'épuiser leur entourage.

  • La projection : un individu peut projeter ses propres insécurités ou émotions négatives sur autrui, le rendant responsable de ses propres malaises.

  • La manipulation émotionnelle : utilisation de la culpabilisation, du chantage affectif ou de la victimisation pour contrôler l'autre.

Mécanismes sous-jacents

Le détail du mécanisme de "vampirisation" est directement lié au processus du clivage décrit dans l'article qui lui est dédié. 

Le clivage

Conséquences pour la victime

Les personnes victimes de vampirisation psychique peuvent ressentir :

  • Une fatigue émotionnelle et mentale : due à l'épuisement constant de leurs ressources internes.

  • Une perte de confiance en soi : résultant des manipulations et de la dévalorisation subies.

  • Un isolement social : provoqué par la peur de ne pas être crue ou comprise.

Prévention et protection

Pour se prémunir contre la vampirisation psychique, il est recommandé de :

  • Établir des limites claires : apprendre à dire non et à reconnaître ses propres besoins.

  • Développer l'estime de soi : renforcer sa confiance en soi pour ne pas dépendre de la validation externe.

  • Chercher du soutien : consulter un professionnel de la santé mentale ou rejoindre des groupes de soutien.

La vampirisation psychique est un phénomène réel et destructeur, mais en le comprenant et en développant des stratégies de protection, il est possible de s'en prémunir. La clé réside dans la connaissance de soi, l'établissement de relations saines et le recours à des ressources appropriées en cas de besoin.

Que signifie « exploiter l’énergie d’un autre » en psychologie ?

Le mot « énergie » est ici métaphorique, mais il correspond à des réalités psychiques et neurophysiologiques bien connues. Il s’agit de ressources mentales, émotionnelles et attentionnelles qu’un individu mobilise pour :

  • réguler ses émotions,

  • maintenir son attention,

  • répondre aux sollicitations sociales,

  • s’adapter à l’environnement.

Quand une relation est déséquilibrée ou toxique, ces ressources sont mobilisées de façon excessive, forcée ou unilatérale, ce qui épuise la personne concernée.

1. L’énergie émotionnelle : surcharge affective et régulation forcée

Lorsqu’un pervers narcissique ou une personne manipulatrice impose à l’autre des situations émotionnelles intenses, instables ou contradictoires, cela oblige la victime à mobiliser en permanence ses capacités de régulation émotionnelle.

Par exemple :

  • subir des critiques, puis des compliments (cycle d’instabilité affective),

  • être mis en accusation, puis soudainement idéalisé,

  • devoir apaiser les tensions créées artificiellement.

Ce type de stress chronique relationnel est très documenté. Il produit une fatigue psychique similaire à celle observée dans les troubles anxieux ou le burn-out.

2. L’énergie cognitive : surcharge mentale et dissonance

Une personne sous emprise doit souvent :

  • analyser sans cesse le comportement de l’autre (pour éviter des conflits imprévisibles),

  • anticiper les réactions,

  • se justifier, se défendre, chercher des preuves,

  • résoudre des contradictions imposées par des discours manipulatoires.

Cela conduit à une saturation des fonctions exécutives du cerveau (attention, mémoire de travail, planification), que la psychologie cognitive mesure et étudie sous la notion de charge mentale.

3. L’énergie identitaire : auto-doute, remise en question forcée

Lorsque le manipulateur utilise le doute, la dévalorisation subtile, la critique indirecte, il force l’autre à remettre en question son jugement, sa mémoire, sa valeur personnelle. C’est ce qu’on observe dans le gaslighting.

Ce mécanisme épuise la victime non pas « spirituellement », mais dans sa cohérence interne. La personne ne sait plus ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent, ni ce qui est réel ou faux.

En résumé : La "vampirisation psychique" est...

... une capture asymétrique des ressources émotionnelles, mentales et identitaires d’un individu par un autre, qui agit souvent de manière inconsciente, mais structurée, pour combler ses propres manques.

Étayage scientifique (ouvrages et concepts)

  • Christophe André parle de "relation à charge mentale élevée", dans Imparfaits, libres et heureux.

  • Marie-France Hirigoyen décrit très précisément ce phénomène dans Le harcèlement moral :

    « La victime est amenée à douter d’elle-même, de sa logique, de sa perception. Elle consacre son énergie à comprendre un discours incohérent, à éviter des pièges. »

  • Judith Herman (psychiatre) parle dans Trauma and Recovery de "capture attentionnelle" et "captation de l’attention émotionnelle" dans les situations d’emprise.

Pour aller plus loin

1. La recherche d’un miroir identitaire

Le pervers narcissique projette une image de toute-puissance et a besoin que l’autre la valide constamment. Il se nourrit de :

  • l’attention qu’on lui porte (positive ou négative),

  • la souffrance qu’il provoque (preuve de son pouvoir),

  • la confusion ou la culpabilité chez l’autre (qui le place en position dominante).

Référence : Heinz Kohut (The Analysis of the Self, 1971) explique que les personnalités narcissiques pathologiques sont en carence de régulation interne de leur estime de soi. Ils ont donc besoin de ce qu’il appelle des « selfobjects » — c’est-à-dire des personnes qu’ils utilisent pour soutenir leur sentiment de cohérence intérieure.

Les mécanismes en jeu, analysés en psychologie relationnelle

2. Le renversement projectif

Le pervers projette en vous ses propres failles (honte, sentiment d’infériorité, colère), et vous les faites alors vôtres. Il s’allège, vous portez le poids.

Ce mécanisme de défense, bien décrit par Mélanie Klein, est un processus où l’angoisse interne est expédiée dans l’autre. Le pervers devient « plus léger », vous devenez « plus chargé ».

3. La logique de domination émotionnelle

Chaque victoire rhétorique, chaque manipulation, chaque réaction émotionnelle de la victime est interprétée par le pervers comme un gain narcissique :

  • il a le dernier mot,

  • il provoque des larmes ou de la confusion,

  • il voit que l’autre doute de lui-même.

C’est cela qui le rassure temporairement sur sa propre valeur — mais jamais durablement. C’est pour cette raison qu’il doit recommencer sans cesse.

Référence : Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral (1998) — Elle parle d’un « vampirisme psychique » où la personne toxique installe « une domination par l’usure émotionnelle », jusqu’à ce que la victime doute même de sa réalité.

C’est une boucle énergétique relationnelle

Plus la victime réagit émotionnellement, plus elle offre au pervers des éléments pour renforcer son emprise et restaurer son image interne instable.

C’est ainsi que l’on peut dire, rigoureusement : le pervers narcissique se nourrit de l’énergie psychique des autres, car leurs affects deviennent le carburant de son système défaillant de régulation interne.